Noel serbe orthodoxe : traditions et rituels en Serbie

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    Comment célèbre-t-on le Noel serbe orthodoxe? Savez-vous qu’en Serbie et plus largement dans les pays orthodoxes, on ne célèbre pas Noël le 25 Décembre, mais le 7 Janvier? Comment se passe le jour de Noël en Serbie?  Comment les familles durant le Noel serbe célèbrent-elles la venue du divin enfant? Le Noël serbe est encore très attaché aux traditions et se fête en famille… L’un des personnages clés de la manifestation est le polozajnik… Mais qui est-il donc?

    C’est fait… le divin enfant est né! On se lève tout en douceur, on se salue, on se félicite et on échange nos vœux… A ce moment là, quelqu’un frappe à la porte. C’est le « polozajnik » un personnage clé de la manifestation lors du Noel serbe, vu que c’est à cause de lui qu’on ouvre la porte de la maison. Le polozajnik est un ami (ou une personne qui passe par hasard (mais c’est rare de nos jours, aujourd’hui on se met d’accord bien en avant !)… symbolisant l’ange qui annonce la bonne nouvelle.

    Il entre dans la maison avec la branche de chêne laissée à côté de la porte à cet usage, lancera quelques piécettes et le reste de grains divers (eux aussi laissés avec la branche), saluera la maisonnée, puis ira auprès du feu afin de prononcer les vœux pour la famille. Le truc est de « touiller » la braise avec la branche en chêne en espérant faire des étincelles, avant que la branche se consume. Ceci est, bien sur, pratiqué que par un adulte, qui en même temps souhaite le bonheur, la santé et la prospérité de la maisonnée. De nos jours, les foyers (de feu) sont rares, alors tout se fait sur une plaque de cuisson, à l’aide d’un peu de café moulu. Essayez de jeter un peu de café sur une plaque très chauffée, la fumée qui s’en dégage est très plaisante et ça ressemble vraiment à la braise, sauf que ça ne brûle pas – ce qui est, finalement, très sécurisant. De plus, la branche ne s’enflamme pas – ce qui est, à mon sens bien mieux ! Une fois la bénédiction et les souhaits prononcés, il est temps d’une petite collation – rakija (raki) et vin rouge cuit pour les adultes, jus de fruit rouge pour les enfants… on rompt la « cesnica », un pain incontournable dans toutes les fêtes orthodoxes, on trinque, on rigole pour célébrer comme il convient le Noel serbe…

    Après, la famille, si elle le souhaite, mais ce n’est pas obligé, va assister à la liturgie de Noël. Dans le temps, ce n’étaient que les hommes qui y allaient (les femmes ayant trop de travail à la maison), mais la Serbie s’est bien modernisée, et comme tout est prêt en avance, les femmes y vont aussi. Pour notre part, on ne le fait jamais – trop de monde ! Et rester dehors (car pas moyen de rentrer dans l’Église sauf si l’on est arrivé très tôt, dans le froid… brrrr, ça ne m’a vraiment jamais tenté – heureusement que la pratique des rites se limite chez mon mari à la Slava, Pâques et Noël !

    Le repas de Noël en Serbie : sous le signe de l’abondance

    Finalement, arrive le repas de Noël – ouvert à tous – même au « passager de fortune »… et au menu… la grande fête :

    Soupe – un semblant de Pot-au-feu – délicieux

    Cochon de lait (ou agneau – ce qui est bien ma préférence – bien qu’il est assez difficile d’en trouver un en cette saison)

    Légumes de tous genres et à toutes les sauces

    Pomme de terre « façon grand-mère » cuites dans le jus du rôti

    Cesnica, pain de cérémonie rond, présent le soir du repas du Noël serbe orthodoxe

    Assez souvent la « sarma » – (voir la recette des sarma) des choux farcis à la viande et riz et accompagnés de viande séchée… un délice (en petite dose quand même – assez lourd pour l’estomac :o) ..)

    Salades de saison

    Fruits, et gâteaux de tous genres…

    Ce menu est bien plus ressemblant à un menu proposé en France – sauf qu’il est bien abondant… Donc, si jamais vous êtes invités à un repas de Noël orthodoxe, un petit conseil : mangez de tout, mais en très petite quantité – ce repas est un de ces repas qui durent pendant des heures (moi j’appelle ça un repas « à rallonge »). N’hésitez pas de faire des pauses. C’est uniquement à cette condition que vous prendrez vraiment plaisir à ce repas plus que gargantuesque, et que vous n’en souffrirez pas par la suite  !

    Noël, une fête pour réunir la famille en Serbie


    Sur ce, certains me diront qu’il est assez bizarre que dans un pays relativement pauvre, comme c’est généralement le cas de la Serbie, où je vis, les gens puissent s’amuser à faire des repas qui dépassent largement leurs moyens. Il y a une explication à cela aussi :

    Pendant le règne des Ottomans, il était interdit de se retrouver « en grand comité » – les Turcs ayant très peur des insurrections. Mais l’église protestait pas mal, puis, le fait de ne pas avoir le droit de se retrouver même en famille révoltait trop la « raia » (première traduction : esclaves, mais en fait les « non croyants musulmans »), qui par la suite refusait de payer les impôts (y compris l’impôt de sang, consistant à « donner » un de ses enfants mâles à l’armée Ottomane), même étant menacée de représailles sanglantes. Bien sur, le Sultan (dont l’une des significations est aussi « miséricordieux », ne pouvait pas se permettre qu’on ne le loue pas, du coup, il permit donc aux « kaurs » (autre mot d’origine turque pour « non-croyants »), de se réunir pour certaines fêtes religieuses majeures. C’est à ce moment là que l’Eglise orthodoxe instaura aussi les « slava » afin que ces rassemblements soient plus fréquents.

    Le droit d’organiser la « slava » (ou autre fête religieuse) appartenant à l’homme le plus ancien de la famille, c’est chez lui que tout le monde se réunissait. Et comme chaque famille fête qu’un seul saint, en plus de Noël et de Pâques, les gens préparaient ces fêtes, en économisant pendant toute l’année ! De plus, si une famille avait plus de fils, les plus jeunes préparaient aussi leur part de victuailles, qu’ils apportaient avec eux – et la fête durait tant qu’il y avait de quoi manger… alors vous vous imaginez bien, ces fêtes pouvaient durer jusqu’à sept jours ! Pour l’anecdote, cette tradition a même fait l’objet de plusieurs lois restrictives (dont une du Sultan en personne), limitant les festivités à trois jours seulement, parce qu’à force de manger trop et gras, après une longue période de jeune, les plus fragiles mourraient comme des mouches ! C’est dire ! :o)))))) Mais je pense que c’est de là justement, que les Slaves tiennent ce petit penchant pour la fête tout court, et aujourd’hui, tous les prétextes sont bons !

    source : voyages.ideoz.fr