Noel orthodoxe serbe : Badnji dan et Badnjak, tradition du feu de prospérité

    14604

    La célébration de Noel Serbe orthodoxe est encore très ancrée dans la tradition, compte tenu de la force de la religion orthodoxe, largement majoritaire dans le pays, qui façonne beaucoup des rituels et des événements du calendrier serbe. Comment fête-t-on Noël en Serbie? Traditionnellement, donc, le 6 Janvier, veille du Noel serbe orthodoxe, donne lieu au Badnji Dan (blagi dan) et badnje vece, au jour et au soir du Badnjak (бадњак), également appelé veseljak (весељак). Qu’est-ce donc que le Badnjak?

    Noel serbe orthodoxe : De la bûche de Noël au Badnjak

    En Serbie, le 6 Janvier, en ville comme dans les campagnes, on s’affaire à la préparation de Noël. Le Noel serbe orthodoxe ne saurait être un vrai Noël sans le Badnji dan. Le badnjak est une sorte de rituel qui ressemble à la tradition de la buche de Noël que l’on faisait bruler en France, au Moyen-Age, avant que celle-ci soit remplacée par la spécialité pâtissière que l’on connaît depuis environ un siècle.

    Autrefois, en effet, il était de coutume de donner une bûche qui constituait un impôt du vassal payé à son seigneur. Brûler une buche de hêtre ou de chêne (bois réputés pour assurer un feu durable) juste un peu avant le passage au jour de Noël permettait aussi au foyer de réaliser la veillée de Noël et de bénir la maison, en célébrant le feu, à savoir la lumière, annonciatrice de l’espoir que représentait la naissance du Christ. Cette bûche devait symboliquement permettre d’affronter les rigueurs de l’hiver en réchauffant les membres durcis par le froid, en particulier dans le Nord (de l’Europe). Notons au passage que dans cette partie du continent, on célébrait aussi la fête du feu vers le 13 Décembre à la Sainte Lucie. Selon Cornandet, « le cérémonial que l’on suivait dans la plupart des familles : dès que la dernière heure du jour s’était fondue dans l’ombre de la nuit, tous les chrétiens avaient grand soin d’éteindre leurs foyers, puis allaient en foule allumer des brandons à la lampe qui brûlait dans l’église, en l’honneur de Jésus. Un prêtre bénissait les brandons que l’on allait promener dans les champs. Ces brandons portaient le seul feu qui régnait dans le village. C’était le feu bénit et régénéré qui devait jeter de jeunes étincelles sur l’âtre ranimé. » (source France-pittoresque)

    Aujourd’hui, en Serbie, cette bénédiction du Noel serbe réalisée avec une branche de chêne desséchée persiste pour les Orthodoxes et répond à peu près aux mêmes souhaits.

    Vente de branches de chênes pour le Badjnak, le feu de la veille du Noel serbe orthodoxe à Sremska Mitrovica

    Seuls ou plutôt en groupe, en famille, entre amis, ou entre villageois, les Serbes de tous âges dans les campagnes partent à la recherche de branches de chênes séchées, qui seront ensuite brûlées dans la cheminée ou sous la table à la maison, dans les églises ou encore en formant un grand brasier à l’extérieur, autour duquel se réunissent les familles ou la foule d’anonymes ou de voisins pour préparer et honorer la venue de l’enfant Jésus… Autant de façons d’être en communion et de renforcer les liens entre tous. Le badnjak est l’occasion de formuler les souhaits pour la nouvelle année et la bénédiction est ponctuée notamment par le chant oj badnjace

    BADNJE VEČE : Soir du badjnak, veille du Noel serbe orthodoxe

    Kao davni greh,
    uvek mi se ista javljaš.
    Odzvanja ti smeh,
    cipele u prozor stavljaš.

    I večno sanjaš,
    svetom putuješ bez putovanja
    a Badnje veče dolazi.

    Mogla si mi baš
    i reći neke reči nagle.
    Oči su mi, znaš,
    pune one iste magle.

    Al’ suprotnost sušta,
    sad u meni tuga koren pušta
    a Badnje veče prolazi.

    To je bilo naše zadnje,
    sad opet zvona zvone – slušam to.
    Ne, nije svako veče Badnje,
    al’ ovo danas, sasvim slučajno – Badnje je.

    U poslednji čas,
    kao uvek na to vece,
    gospođa do nas
    unucima kolač peče.

    U mojoj sobi
    samo stari veker vreme drobi
    a Badnje veče prolazi…

    To je bilo naše zadnje,
    sad opet zvona zvone
    – slušam to.

    Ne, nije svako veče Badnje,
    al’ ovo danas, sasvim slučajno –
    Badnje je.

    Le polozajnik, personnage central dans le rituel du Badnjak

    Si les foyers géants sont devenus rares, en Serbie, les familles maintiennent volontiers la tradition du badjnak à la table du foyer, d’autant qu’elle est censée apporter bonheur, santé et prospérité. En effet, le soir du Badnjak, le premier invité ou la première personne (même anonyme) qui frappe par hasard à la porte d’une maison, est attendu(e) avec ferveur et chaleureusement accueilli(e), avant d’être nourrie et de recevoir un cadeau. Cette personne est appelée polozajnik et symbolise l’ange arrivant pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance de Jésus. Elle rappelle aussi à chacun que l’homme est de passage sur Terre.

    Le polozajnik est très important dans le rituel du badnjak, car il apporte la branche de chêne qu’il va faire brûler, en faisant en sorte qu’elle forme des étincelles en se consumant pour que la maison soit bénie et que toutes les personnes présentes soient heureuses et s’enrichissent pendant l’année. Le polozajnik se doit de produire le plus de crépitements et d’étincelles possible – des signes qui sont synonymes d’argent… Le polozajnik ne manque pas aussi de lancer quelques petites pièces dans le brasier pour espérer que l’année sera prospère. Il est temps alors de se réunir à table pour partager le repas de fête de Noël et notamment du vin rouge et du rakija bien sûr! On rompt la Božićna Česnica, la galette de Noël qui peut aussi être un pain rond dans lequel se trouve une pièce d’argent, à l’instar de la fève du gâteau des Rois….

    sourse : voyages.ideoz.fr