Les tristes lendemains de l’indépendance kosovare

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    Le Kosovo célèbre les neuf ans de son indépendance dans une ambiance plombée.  Reportage.  

    Un petit air quasi printanier souffle sur Pristina, et tous ceux qui le peuvent s’apprêtent à profiter du long week-end hors de la capitale. Cette année, Flytyra, une enseignante de français, part trois jours au ski, dans la Macédoine voisine. „Je ne ferai pas la fête pour l’indépendance, ce n’est pas le Kosovo pour lequel nous nous sommes battus“, dit-elle.

    Pour le plasticien Fisnik Ismaili, créateur du monument „New Born“, érigé dans le centre de la ville le 17 février 2008, „jamais le pays n’a été dans un état aussi misérable qu’aujourd’hui“. Cette année, la sculpture sera „redessinée“ en faisant tomber les lettres N et W pour écrire „No Wall“, pour conjurer les murs qui se dressent partout en Europe, „et la peur du voisin qui vient à nouveau saisir les Balkans„, explique l’artiste.

    Trump remplace Poutine

    Ces dernières semaines, incidents et provocations se sont en effet multipliés avec la Serbie voisine, notamment dans la zone serbe du Nord du Kosovo. Belgrade souhaite au plus vite mettre en place une „Association des communes serbes du Kosovo“. Le projet, négocié à Bruxelles, a été accepté par Pristina, mais sans que les deux pays ne s’entendent sur les compétences exactes de cette nouvelle structure, en qui beaucoup voient le début de la partition ethnique.

    La Serbie compte sur le soutien de Moscou, mais les Serbes du Kosovo croient avoir trouvé un nouvel allié en la personne de Donald Trump, dont le portrait a désormais remplacé celui de Vladimir Poutine sur les murs de la partie serbe de la ville divisée de Mitrovica.

    Le Kosovo ne s’est jamais retrouvé dans une telle situation d’incertitude“, reconnaît l’analyste Naim Rashiti, directeur du Balkans Policy Research Group, un influent think tank de Pristina. „Personne ne sait, au vrai, quelles seront les choix politiques de l’administration Trump, mais le Brexit a déjà été un choc très douloureux. Nous avons perdu notre meilleur allié au sein de l’Union européenne : depuis des années, seul le Royaume-Uni et l’Allemagne exerçaient des pressions efficaces sur la Serbie.“

    L’épée de Damocles du Tribunal spécial

    De fait, le „dialogue“ entre Belgrade et Pristina, principal engagement européen dans la région, est au point mort. Même la libéralisation du régime européen des visas, tant attendue par les Kosovars, est bloquée, tant que le Parlement du Kosovo n’aura pas ratifié l’accord de démarcation de la frontière avec le Montenegro et que l’Association des communes serbes n’aura pas été mise en place.

    Alors que l’ancien commandant et ancien Premier ministre Ramush Haradinaj, arrêté le 4 janvier à l’aéroport de Bâle-Mulhouse sur la base d’un mandat d’arrêt émis par Belgrade, reste retenu en France tant que la justice n’aura pas statué sur son éventuelle extradition en Serbie, les dirigeants kosovars vivent avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes. Le Tribunal spécial pour les crimes de l’ex-UÇK, basé aux Pays-Bas, doit en effet émettre dans les prochaines semaines ses premiers mandats d’arrêt, et les hommes politiques du petit pays sont tétanisés par la crainte de perdre le soutien de leur „protecteur“ américain.

    Il est probable que l’administration Trump montrera peu d’intérêt pour les Balkans, et cela pourrait permettre non seulement à la Russie de jouer un plus grand rôle, mais aussi laisser de la marge aux forces nationalistes serbes pour avancer leurs pions„, estime Belgzim Kamberi, responsable des relations internationales de Vetëvendosje, le principal mouvement d’opposition. „Un relâchement de la tutelle internationale pourrait être une chance pour le Kosovo, si celui-ci parvenait enfin à prendre vraiment son destin en main“, ajoute-t-il.

    Dans l’immédiat, de noirs nuages semblent s’accumuler à nouveau sur les Balkans, dans la plus grande indifférence de la communauté internationale.

     source: lalibre.be