La justice française demande des précisions à Belgrade sur le Kosovar Haradinaj

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    Colmar – La justice française a demandé jeudi aux autorités serbes de lui fournir des précisions pour étayer leur demande d’extradition concernant l’ancien rebelle kosovar Ramush Haradinaj, bloqué en France depuis début janvier et que Belgrade accuse de crimes de guerre.

    La cour d’appel de Colmar (est), chargée de statuer sur la demande serbe, a donné à Belgrade jusqu’au 31 mars pour fournir les éléments demandés. Elle se penchera à nouveau sur ce dossier lors d’une audience programmée le 6 avril à 13H00 GMT.

    Dans son arrêt, la cour indique qu’elle veut notamment savoir « quels sont les critères de compétence territoriale de la Serbie concernant les faits », qui auraient été commis entre le 12 et le 20 juin 1999 au Kosovo, territoire qui venait alors d’être placé sous l’administration des Nations unies.

    La cour d’appel veut également savoir quelles sont les peines maximales encourues par M. Haradinaj en Serbie, et pour quel motif les autorités serbes ont attendu qu’il soit arrêté en France avant d’étendre leur demande d’extradition en évoquant de nouveaux faits.

    « Nous sommes déçus par cette décision », qui est une « façon de botter en touche », a commenté l’un des avocats du Kosovar, Me Dominique Bergmann.

    En attendant la réponse de Belgrade, l’ancien Premier ministre kosovar, 48 ans, reste placé sous contrôle judiciaire en France, où il est hébergé par le consul général de son pays à Strasbourg.

    A sa sortie du tribunal jeudi, il a été acclamé par plusieurs dizaines de ses partisans, qui brandissaient des drapeaux rouges et noirs aux couleurs du Kosovo.

    « Ces accusations sont politiques. Perdre encore 30 jours pour ce procès, c’est vraiment politique », a déclaré aux journalistes l’ancien chef rebelle, qui a été interpellé le 4 janvier à l’aéroport de Bâle-Mulhouse (est), puis détenu pendant une semaine avant d’être placé sous contrôle judiciaire.

    M. Haradinaj est soupçonné par la Serbie d’avoir participé en juin 1999 à des exactions contre des civils serbes au Kosovo, notamment lors d’une fête de mariage.

    « Il y a des gens dont les enfants ont été battus sous leurs yeux, à tel point qu’ils sont restés paralysés », avait précisé lors d’une précédente audience à Colmar le 9 février le représentant du parquet, Patrick Steinmetz, qui a évoqué également des meurtres et des viols.

    Ramush Haradinaj a été acquitté en 2008 et 2012 par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qui le jugeait pour des crimes de guerre remontant à 1998. Les faits dont il est accusé dans cette procédure examinée en France remontent en revanche à 1999 et sont donc distincts, selon Belgrade.

    Député et opposant au président Hashim Thaçi, Ramush Haradinaj bénéficie d’une grande popularité auprès de nombreux Kosovars qui le considèrent comme un héros de la guerre d’indépendance de 1998-1999 contre les forces de Belgrade.

    L’arrestation de cet ancien haut responsable de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) avait suscité un vif émoi au Kosovo, mais aussi en Albanie.

    Ultime conflit ayant déchiré l’ex-Yougoslavie, la guerre au Kosovo a fait 13.000 morts. Elle a conduit à la sécession de cette région majoritairement peuplée d’Albanais, mais que la Serbie considère comme son berceau historique.

    Le Kosovo a déclaré en 2008 son indépendance, désormais reconnue par plus de 110 pays, dont la France et les Etats-Unis. Avec le soutien de la Russie, Belgrade ne reconnaît pas cette indépendance.

    (©AFP / 02 mars 2017 11h05)

    source : diasporaction.fr