Serbie : petite histoire de la rakija, l’eau-de-vie qui réchauffe les Balkans

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    «Živeli !» «A la tienne !» De la Macédoine à la Slovénie, la rakija(prononcez «rakia») est l’alcool qui arrose aussi bien un baptême que des noces, célèbre la mémoire d’un disparu et accompagne la tristesse.

    Une «eau de vie», au propre et au figuré, accélératrice d’émotions, qui aide à réaliser ce qui nous arrive. En Serbie, où elle est l’alcool national, la rakija est le premier signe de l’hospitalité et il n’y a pas d’heure pour en boire. Le matin, dit-on, elle réchauffe l’esprit, met le corps en marche. A table, elle ouvre l’appétit, accompagne les zakouski et clôt aussi le repas, pour bien digérer, puis bien dormir. C’est un remède miracle, qui soigne à peu près tout : rage de dents ? Rakija ! Etat grippal, douleurs musculaires ? Rakija ! Chaude et en cataplasme, elle apaise les maux de gorge. Il faut lui reconnaître ces vertus, notamment en raison de son fort pouvoir antiseptique.

    Jamais en dessous de 20° d’alcool, frisant parfois les 60°, la rakijaest issue de la distillation de jus de fruits fermentés, idéalement pendant deux à trois semaines pour tirer le meilleur parti de leur parfum et de leur sucre naturel. Du jus de quoi ? De n’importe quoi, dès lors que l’on peut en extraire quelque chose, affirment les Serbes : si la prune est la plus prisée (la fameuse «šljivovica»), on aime la rakija de coing («dunja»), de poire («kruška»), ou celle, dangereuse car elle se boit comme du petit-lait, à base de miel et parfumée à la propolis («medica»). La plus thérapeutique est la «travarica», distillée avec des herbes : menthe, romarin, lavande, sauge ou absinthe. Utilisée en massage sur un muscle froissé, elle porte aussi le surnom de «docteur» !

    En matière de distillation, les expérimentations dans les Balkans n’ont aucune limite : noix, châtaigne, églantine, asperge, olive, aneth, pin, tournesol… Là réside l’autre caractéristique de cet alcool : il est l’apanage d’amateurs. Les meilleures rakijas sont faites maison. En Serbie, où les réglementations européennes n’ont pas (encore) sévi, la plupart des paysans ont leur alambic. De petits producteurs artisanaux se vantent néanmoins de produire des rakijas vieillies en fûts de chêne ou de mûrier pouvant rivaliser avec les cognacs ou armagnacs les plus fins. Au bout de quelques années, l’alcool prend une belle couleur caramel, aux effluves d’épices, de bois, de vanille. Qu’on le sirote doucement par le goulot étroit des «čokanj», de minuscules verres soufflés (3 à 5 cl), ou qu’on l’avale cul sec, ce breuvage n’a rien de vieux jeu. De Belgrade à Toronto, une chaîne de bars à rakija au design dernier cri est même devenue très tendance !

    Comment boire la rakija

    Qu’importe le flacon… pourvu qu’on en connaisse l’origine ! Il arrive souvent qu’une famille serbe offre sa rakija maison dans une bouteille en plastique et elle sera sans doute meilleure que son homologue industrielle, bien souvent un terrible tord-boyaux.

    En bonne compagnie
    A part le rituel (lever son verre et trinquer en disant «Živeli !»), la rakija est l’occasion de partager un moment en société. On ne la boit pas seul.

    Un fruit, ça va
    Préférer les rakijas de fruits purs (celle de prune étant la favorite) plutôt que les brutales «loza» et «komovica», à base de moût et de marc de raisin, souvent aromatisées avec des griottes ou des herbes.

    La deuxième gorgée
    La première lampée est souvent un peu raide. A la suivante, le parfum du fruit devrait se diffuser dans la poitrine et rayonner puissamment.

    source : geo.fr

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