Serbie: l’Etat exige des enfants pour le pays

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    Le président serbe, Aleksandar Vucic, demande aux femmes de penser un peu plus à la nation et d’avoir des enfants pour remédier à la crise démographique.

    « Assez de paroles, plus de procréation » !C’est le slogan d’un goût douteux retenu par le ministre de la culture et de l’information serbe pour accompagner une campagne de soutien à la natalité. En effet, d’après le président Aleksandar Vucic, la nation serbe est « finie » si elle n’enregistre pas très vite davantage de naissances. Le taux de natalité du pays – 1,44 enfant par femme – est son « pire cauchemar », insiste-t-il.

    Il est vrai que la population ne cesse de décroître. La Serbie, qui comptait 9,9 millions d’habitants en 1990 – avec le Kosovo et avant les guerres de l’ex-Yougoslavie –, n’en avait plus que 7,5 millions en 2000 et sept millions en 2016, soit une baisse de 6 % en quinze ans. « Je vous le demande comme à Dieu : donnez naissance à des enfants », a-t-il supplié en s’adressant aux femmes de la ville de Prokuplje lors de l’inauguration d’une usine. Le lendemain, le président annonçait une hausse des primes à la naissance : 100 000 dinars serbes pour un premier enfant (près de 850 €), 10 000 dinars (84 €) mensuels sur deux ans pour un deuxième et 12 000 dinars (100 €) mensuels sur dix ans pour un troisième.

    « L’État nous voit comme de machines à bébés… »

    Pas de quoi bouleverser, cependant, la vie des futurs parents. « Rien que pour les couches, il faut dépenser 1 000 € par enfant », compte Ljubica, une mère de 32 ans en train de changer sa fille, Angela, joyeux bébé de 7 mois. Pour elle, mettre en avant ces primes est « une idiotie »« C’est un beau geste pour aider les parents, mais ce n’est pas pour ça qu’on a un enfant », s’énerve-t-elle.

    Les organisations de défense des droits des femmes dénoncent une pression nauséabonde. « L’État nous voit comme des machines à bébés et dit aux femmes sans enfant qu’elles sont sans valeur », critique Sanja Pavlovic, du Centre autonome des femmes victimes de violences. « Et les responsables politiques mentent : derrière leurs annonces, ils ont en réalité changé les lois et rendu plus difficile d’être éligible à ces aides », renchérit Jelena Lalatovic, qui milite à Belgrade. Le délai pendant lequel une femme doit avoir travaillé au ­préalable a par exemple été allongé. « Personne ne parle de tous ceux qui quittent le pays. Ce type d’aide ne peut pas remplacer un bon salaire, une sécurité de l’emploi et une bonne couverture santé », poursuit encore Jelena Lalatovic.

    La Serbie, comme les pays voisins, fait face à d’importants départs de sa jeunesse et à la fuite de ses cerveaux. L’activiste rappelle également le nombre de féminicides dans le pays. Depuis le début de l’année, plus de dix femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire.

    Ana Brnabic, une première ministre serbe pro-européenne

    Les aides promises n’ont pas été budgétées

    Stasa Zajovic, cofondatrice de la branche belgradoise du réseau Femmes en noir, ne croit pas à la réalisation de ces mesures, « d’abord parce que notre pays n’a pas l’argent pour ça ». D’ailleurs, elle souligne qu’en décembre dernier le Parlement serbe, contrôlé par le parti présidé par Aleksandar Vucic, a voté en urgence et sans débat une loi sur le soutien financier aux familles avec enfants qui ne prévoit pas de dépenser un dinar de plus.

    Peu de femmes ont été invitées à exprimer leur avis sur ces nouvelles mesures dans les médias serbes, qui laissent la parole aux hommes. Ainsi, par exemple, le quotidien Novosti préconise, à travers l’interview d’un géographe, de concentrer les politiques natalistes sur les femmes qui ont un niveau d’éducation moyen et sur les familles entre 18 et 35 ans.

    « Les parents ne veulent pas plus d’enfants parce qu’ils ne peuvent que leur offrir des choses basiques. Tout coûte plus cher qu’à l’étranger et les standards sont plus bas », estime Dragana qui vient d’accoucher de son deuxième fils. Avant d’imaginer en avoir un troisième « pour la nation », elle aimerait déjà recevoir ses allocations de maternité : « Il y a toujours un retard d’au moins trois mois. Mais ça, personne n’en parle ».

    Les Balkans face au déclin démographique

    Outre la Serbie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie,
    la Bulgarie et le Monténégro sont également touchés par le recul de la natalité. L’indice de fécondité en Bosnie est ainsi tombé
    sous la barre de 1,3 enfant par femme, tandis qu’il atteint 1,46
    en Croatie. Démarré dès la fin de la Seconde Guerre mondiale,
    le mouvement de baisse de la fécondité a provoqué un important vieillissement de la population dans la région. L’actuel déclin démographique des Balkans est très directement lié à une émigration massive des jeunes actifs vers l’Europe de l’Ouest, où les salaires sont sensiblement plus élevés et les conditions de vie meilleures. Des migrations internationales qui ont été amplifiées par les crises politiques et économiques de la décennie 1990.

    source : a-croix.com

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