Migrants. La Serbie, triste antichambre de l’Europe

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    Venus du Bangladesh, du Pakistan ou d’Inde, entre 1 000 et 1 500 migrants tentent ici de franchir la frontière hongroise, porte d’entrée dans l’espace Schengen.

    C’est une ferme abandonnée, cachée derrière un bois touffu, au milieu des étendues plates de la Voïvodine, au nord de la Serbie, à quelques centaines de mètres de la frontière hongroise. Une cinquantaine de jeunes hommes vivent ici. Ils viennent d’Inde, du Bangladesh et du Pakistan.

    Tabassés et mordus

    Rauf n’a que 15 ans, mais cela fait plus d’un an que cet adolescent du Pendjab est sur la route : « J’ai traversé le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce, la Macédoine et la Serbie. » Son but ? Rejoindre Paris, où son père vit depuis des années.

    Certains ont déjà essayé dix fois de passer en Hongrie, porte d’entrée dans l’espace Schengen.« La nuit, nous jetons des couvertures sur la barrière de barbelés électrifiés », raconte Rauf.

    Ceux qui réussissent à passer se font souvent rattraper par la police hongroise.

    Au programme : prise d’identité et renvoi en Serbie, non sans un tabassage quasi-systématique. « Nous soignons des maladies de peau dues aux mauvaises conditions d’hygiène, mais aussi les blessures provoquées par les coups et les morsures des chiens des policiers », explique le chef de l’équipe de Médecins sans frontière (MSF), qui passe une fois par semaine.

    La route des Balkans fonctionne toujours

    Ce matin ensoleillé de janvier, l’ambiance est pourtant détendue. Une ONG allemande a installé un camion-douche et un « salon de beauté ». Les migrants peuvent s’y raser et se couper les cheveux. Avant de repartir.

    Leur détermination ne suffira pas pour franchir la frontière. Ils devront souvent s’appuyer sur les passeurs, qui demandent 300 à 400 € par personne. Une somme largement redistribuée en pots-de-vin à des policiers hongrois de connivence.

    Selon Stéphane Moissaing, le coordinateur de MSF, 1 000 à 1 500 migrants pénètrent chaque mois en Serbie, depuis la Bulgarie et la Macédoine. Autant en sortent. 5 000 autres sont hébergés dans des camps gérés par le gouvernement serbe.

    « La route des Balkans fonctionne toujours, explique le Stéphane Moissaing. L’UE finance les centres d’accueil et s’accommode de ces flux, pourvu qu’ils restent discrets. Pour sa part, la Serbie concentre les gens dans les camps, sans rien faire pour les intégrer. Des familles sont bloquées dans le pays depuis deux ans. »

    source : ouest-france.fr

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