Les tensions entre les Serbes et Albanais

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    L’arrestation musclée du ministre serbe chargé du Kosovo, lundi à Mitrovica, provoque un brusque regain de tension entre Belgrade et Pristina. Les élus serbes se retirent du gouvernement Haradinaj, tandis que la Serbie assure que le dialogue est «mort»

    Ce fut une opération à grand spectacle, rondement menée par les ROSU, les unités spéciales de la police du Kosovo. Lundi, vers 17h30, une centaine d’hommes lourdement armés ont investi la salle des fêtes de Mitrovica-Nord, la partie serbe de cette commune divisée, pour procéder à l’arrestation de Marko Djuric, le directeur du Bureau serbe pour le Kosovo, le «quasi-ministre» chargé de ce que Belgrade considère toujours comme sa province méridionale.

    Plusieurs dizaines de Serbes ont été blessés dans l’échauffourée, tandis que Marko Djuric était conduit sous bonne garde à Pristina où il a été exhibé, mains menottées dans le dos, sous les quolibets de la foule. Le haut responsable serbe n’a fait que passer par un commissariat de police avant d’être expulsé en Serbie, mais les autorités de Pristina avaient les images qu’elles souhaitaient, prouvant que la force lui revenait. Les ROSU se sont même offert le luxe de quadriller le nord serbe du Kosovo, malgré les quelques barricades érigées par la population locale.

    Mort du «dialogue»

    Dans la soirée, le président serbe, Aleksandar Vucic, a dénoncé les «terroristes portant l’uniforme des unités des forces spéciales de la police de l’Etat inexistant du Kosovo, qui ont montré qu’ils voulaient occuper le Nord avec le soutien d’Eulex». Il a prédit la mort du «dialogue» poussivement mené avec Pristina sous l’égide de l’Union européenne, passé un coup de téléphone à son homologue russe Vladimir Poutine et annoncé le retrait des trois ministres serbes qui siégeaient au gouvernement du Kosovo.

    Cette faillite des efforts de «normalisation» des relations entre Belgrade et Pristina semble s’être déroulée selon un mauvais scénario écrit à l’avance. Vendredi soir, Aleksandar Vucic avait rencontré son homologue kosovar Hashim Thaçi à Bruxelles, mais dans une ambiance tendue et sans qu’aucun résultat significatif ne soit annoncé. Plus tôt dans la journée, Belgrade avait annulé un match qui devait opposer les équipes féminines juniors de handball des deux pays, suscitant l’ire du Kosovo.

    En «réaction», Pristina a annoncé que Marko Djuric et le ministre serbe de la Culture n’auraient pas l’autorisation d’effectuer les visites prévues lundi. Selon les accords négociés entre les deux pays, les officiels serbes peuvent en effet se rendre au Kosovo, mais avec l’accord de Pristina… Au lieu de demander une discrète médiation internationale, Belgrade a rétorqué que ces voyages seraient maintenus. Le ministre de la Culture a été refoulé en fin de matinée au poste-frontière de Merdare et Marko Djuric arrêté quelques heures plus tard.

    Une décision prévisible

    La décision de Belgrade de se retirer du «dialogue» était prévisible. Ces discussions avaient déjà été «suspendues» après le meurtre, toujours officiellement irrésolu, de l’opposant serbe Oliver Ivanovic, abattu à Mitrovica le 16 janvier dernier. Et Belgrade dénonçait avec force depuis plusieurs semaines le refus des autorités du Kosovo de mettre en place «l’Association des communes serbes», dont la création a pourtant été actée en août 2015.

    Le retrait des ministres serbes du gouvernement du Kosovo pourrait avoir de plus lourdes conséquences. Le cabinet de Ramush Haradinaj, formé en septembre dernier, a besoin du soutien de la liste Srpska pour assurer sa majorité. Les élus serbes du Kosovo ont même annoncé mardi après-midi, depuis Belgrade, qu’ils imposeraient l’Association des communes serbes sans attendre l’accord de Pristina, ce qui pourrait engager les zones serbes dans la voie périlleuse d’une autonomie territoriale non négociée.

    Alors que la haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, était attendue dans la soirée de mardi à Belgrade, l’ambassadeur russe en Serbie, Aleksandar Tchepourin, a déclaré que Bruxelles était «irresponsable» sur le dossier du Kosovo. Selon l’analyste kosovar Belgzim Kamberi, cette nouvelle flambée de tension pourrait entraîner une marginalisation de l’UE, «alors que les deux parties, Belgrade et Pristina, cherchent à définir un nouveau cadre de dialogue, qui inclurait les Etats-Unis et la Russie».

    source : letemps.ch

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