La question du Kosovo gêne certains États membres

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    Sofia pourrait avoir du mal à faire s’asseoir tous ses invités autour d’une même table lors du sommet sur les Balkans occidentaux, le mois prochain.

    Un sommet sur les Balkans occidentaux est prévu pour le 17 mai à Sofia. Après avoir été l’hôte du président turc, la Bulgarie prévoit d’accueillir les dirigeants des 27 autres membres de l’UE et des six pays des Balkans occidentaux, y compris le Kosovo. Jamais auparavant elle n’avait accueilli une réunion internationale de cette ampleur et l’événement est conçu pour être le point culminant de sa présidence du Conseil de l’UE.

    Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a cependant déclaré à son homologue bulgare, Boyko Borissov, qu’il avait un problème avec le sommet de Sofia. Il a également menacé de ne pas y assister si le Kosovo y participe.

    Le Kosovo, ancienne province serbe ayant déclaré son indépendance en 2008, n’est pas reconnu par cinq États membres de l’UE : l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Slovaquie et la Roumanie. Dans l’ensemble, ces pays désapprouvent la manière dont le Kosovo s’est séparé de la Serbie et craignent qu’elle ne donne des idées à certaines de leurs régions. L’Espagne est particulièrement sensible à cet argument dans le contexte actuel.

    Dîner oui, petit déjeuner non

    S’exprimant lors du sommet de mars à Bruxelles, Mariano Rajoy a déclaré qu’il pouvait assister à un dîner informel des États membres de l’UE le 16 mai, la veille du sommet de Sofia. Quant à la rencontre prévue le lendemain, « nous avons une question importante. Certains parlent d’élargissement avec des pays qui ne sont pas reconnus, notamment par l’Espagne. Cela nous inquiète un peu ».

    Le 5 avril, des sources diplomatiques ont déclaré à l’agence EFE, partenaire espagnol d’Euractiv, que Madrid avait confirmé cette position et trouvé « surprenant » de parler de l’adhésion du Kosovo.

    Pour la Slovaquie, les semaines précédant le sommet laissent du temps pour négocier une solution mutuellement acceptable. « Notre position à l’égard du Kosovo reste inchangée : la République slovaque ne reconnaît pas son indépendance. Nous prendrons la décision finale, en fonction de l’évolution de ce sujet », a déclaré Bratislava.

    La Grèce a indiqué qu’elle participera à la réunion, sans fournir d’autres détails.

    La Serbie n’a pour sa part pas confirmé sa participation à la deuxième journée de pourparlers. Sa Première ministre, Ana Brnabić, semble attendre de voir comment les préparatifs se dérouleront.

    Paradoxe

    Paradoxalement, Belgrade et Pristina ont à présent moins de difficultés à communiquer que certains États membres lorsqu’il s’agit du Kosovo. Ana Brnabić et le président kosovar, Hashim Thaçi, se sont déjà rencontrés sous les auspices de l’UE. Des sommets ont aussi eu lieu avec les dirigeants des Balkans occidentaux dans le cadre de l’UE, y compris au Kosovo, et même des « photos de famille » des dirigeants, mais jamais avec tous les États membres.

    Le dernier sommet où tous les pays des Balkans occidentaux ont été invités ensemble date de 2003, à Thessalonique, quand l’UE ne comptait encore que 15 membres. À cette époque, le Kosovo était un protectorat international et était représenté par un fonctionnaire de l’ONU.

    La ministre bulgare des Affaires étrangères, Ekaterina Zaharieva, a assuré le 5 avril que tous les pays, à l’exception de l’Espagne, avaient confirmé leur présence à la réunion.

    « La réunion UE-Balkans occidentaux n’échouera pas. Le texte de la déclaration a été préparé et est en cours de consultation. La seule question est de savoir si elle sera rendue publique au nom des 28 États membres de l’Union plus les six pays des Balkans occidentaux, ou seulement, de manière plus vague, des États membres », a-t-elle expliqué, ajoutant qu’elle prévoyait que ce serait en fin de compte au nom de l’UE à 28.

    Le sommet devrait se dérouler en deux temps : à 28 le premier jour, puis avec les six pays candidats de la région, l’Albanie, la Bosnie, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine et le Kosovo. La manière dont l’UE sera représentée ce jour-là n’est pas encore claire.

    Officiellement, l’hôte du sommet est le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, mais ses véritables acteurs seront le président du Conseil et de la Commission, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. Federica Mogherini, responsable européenne des affaires étrangères, et Johannes Hahn, commissaire à l’élargissement, seront également présents.

    Texte final controversé

    Afin que le document final soit accepté, il sera probablement rédigé au nom des 28 membres de l’UE seulement, a précisé Ekaterina Zaharieva. La formule « les six des Balkans occidentaux » devrait également être abandonnée, car elle placerait le Kosovo au même niveau que les cinq autres pays, ce qui est inacceptable pour la Serbie.

    Radio Free Europe/Radio Liberty a rapporté avoir vu la « Déclaration du Sommet de Sofia », et a commenté que le texte de 13 paragraphes présentait « très peu de contenu politique ». Malgré son titre de travail actuel, les pays qui ne reconnaissent pas le Kosovo insistent pour qu’il soit simplement appelé « Conclusions de la présidence bulgare ».

    Les institutions de l’UE estiment qu’il sera possible de résoudre le problème du Kosovo lorsque les négociations d’adhésion de la Serbie entreront dans la dernière ligne droite, quand Belgrade sera tenue de reconnaître Pristina.

    La stratégie qu’adopteront des pays comme l’Espagne vis-à-vis du Kosovo et si son adhésion à l’UE est possible, même à plus long terme, est moins claire.

    source : euractiv.fr

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